Voyager à vélo, c'est parfois aussi faire du sport...

 

 

Jour 51 Jeudi 15 sept 2016:   Leggett à Fort Bragg - Texte rédigé par Normand

 

Le lever est matinal et le temps est assez frais ce matin dans le nord de la Californie où nous nous éveillons.  La journée est prévue plutôt longue, et le nombre de cyclistes partant sur la même route que nous incite à être expéditifs pour partir avec eux.  Ainsi, dès 8H30, nous avons avalé cafés et déjeuners, tout démonter, ranger et charger, huiler les chaines et gonfler les pneus, remplis d’eau bouteilles et sacs d’hydratation, bref nous sommes fins prêts pour le départ!

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Nous sommes néanmoins les derniers à prendre la route, mais au terme d’une belle descente sinueuse (et frisquette!) jusqu’au petit village de Leggett, nous retrouvons les couples Allemands et Français, arrêtés à la petite épicerie.  Il y a ici la croisée des routes 101 (qui continue plein sud vers San Francisco par l’intérieur des terres) et le début de la légendaire route 1 qui part direction ouest pour rallier la côte, et qui la suivra ensuite d’au plus près jusqu’au Mexique.  Certains de nos collègues (la Québécoise et l’Australien, pressés par un horaire qui n’est pas illimité comme le nôtre) prendront la route 101, plus monotone mais plus directe, alors que les 3 couples Québécois-Allemands- Français choisissent tous de partir sur la Highway 1.

 

Les Allemands sont les premiers à repartir; Nous les avons croisé à répétition depuis une dizaine de jours, en général en les dépassant à toute vitesse dans une descente où en les rattrapant dans une longue montée.  Ils ont tous les deux la moitié de notre âge, mais nous sommes avantagés par un vélo plus performant et par notre longue expérience des voyages à vélo (et aussi sans doute un peu, ajouterais-je avec modestie, par une forme physique optimale et hors du commun, nonobstant nos presque 110 ans de vie combinés!).  Il en va tout autrement pour le couple Français.  Ils sont tous les deux dans la jeune trentaine, Jocelyn est un ancien coureur cycliste ayant cessé la compétition depuis peu; Pauline est de toute évidence néophyte à vélo, mais sa forme physique ne fait aucun doute, et elle est coachée par bien plus expert que moi!  Ils sont bien équipés de vélos légers, et Jocelyn  tire une remorque avec 75% de leurs bagages.  De façon plutôt présomptueuse, nous laissons partir les Allemands, attendant plutôt que les Français soient prêts à partir et avec qui nous voulons en découdre …

 

La sortie du village est une petite descente jusqu’à sa croisée avec la route 1 qui débute là.  Pauline descend en freinant, Jocelyn doit éviter d’aller  vite en descente à cause de sa remorque trop instable à haute vitesse, bref nous les passons tous les deux dès le départ, sans même pédaler.  Sur notre erre d’aller, nous entamons ensuite la longue ascension qui débute sur la route 1.  Cette route, que certains nous avaient annoncée dangereuse, étroite et toutes en sinuosités, s’avère à l’usage d’une splendeur inégalée.  Bien sûr, la montée est costaude, soutenue et interminable.  Mais la fraicheur de la matinée, le soleil qui pointe à travers les branches de temps à autres, les ouvertures sur la vallée que nous surplombons rendent cette ascension tout à fait exceptionnelle.

 

A mi-chemin de l’ascension, nous sommes dépassés par un gros Winnibago, qui s’arrête juste un peu plus loin, sur une halte panoramique.  Ce sont Jacques et Danielle Cardinal, deux jeunes retraités Québecois de Laval, en vadrouille comme nous à travers l’ouest des Etats-Unis, qui ont reconnu notre drapeau Québecois cousu sur notre sacoche arrière gauche.  L’occasion pour nous d’une longue pause et de reprendre notre souffle, nous faisons connaissance de ce couple fort sympathique, qui sont cyclistes de route comme nous, mais qui ont choisi un nomadisme différent du nôtre.  Nous échangeons nos bons coups et les endroits à visiter, et jasons évidemment aussi de ce Québec que nous avons laissé derrière nous depuis déjà presque 3 mois. C’est le coeur réjoui et avec nos énergies refaites que remontons sur le tandem, à l’assault de la dernière section de notre longue ascension.

 

Vous me demandez peut-être où donc sont passés les jeunes Français, avec qui nous ambitionnions de découdre à vélo sur la route?  Ok ok, je vous raconte  la suite, un peu penauds …  

 

Revenons donc à la sortie du village, au moment où nous embarquions sur la Highway 1 à toute vitesse, presque sans ralentir sur le stop, sur notre erre d’aller de la descente depuis Leggett.  Nous sommes court vêtus malgré le temps frisquet du début de matinée, j’ai pu convaincre Hélène de partir du magasin avec le minimum, en prévision de la longue montée … et du voisinage des cyclistes français.  Nous grimpons solide, je change les vitesses progressivement mais avec parcimonie, bref nous menons un train d’enfer, je suis heureux, Hélène donne tout ce qu’elle a, et ce matin elle en a beaucoup, malgré que nous en sommes à notre 8e journée sans pause !  Mais malgré notre symbiose, notre motivation et un terrain qui nous sied bien avec des pentes raisonnables (5 à 8%), le couple Français nous rattrapent sans effort, roulant côte à côte sur cette route déserte en cette heure matinale.  Ils sont beaux à voir aller, souriants et gentils en nous dépassant, « Allez les Québecois, vous y êtes presque! » (en fait, il nous restait encore 275 mètres d’ascension sur 7 km, sans aucun répit …).  J’ai dit à Hélène: « Décourage-toi pas, on finit toujours par les rattraper! ».  Ça s’est d’ailleurs confirmé en fin de journée: nous les avons rattrapé au State Park de Fort Bragg, où ils enfilaient leur 2e bière et se la coulaient douce en préparant leur souper !

 

En soirée et pendant le souper, nous avons fait davantage connaissance, et je les ai tous les deux inviter  à venir visiter le Québec, où j’espère leur faire découvrir le ski de fond et mes jolies trails hors-piste des Laurentides et de la Gaspésie.  Peut-être aurais-je alors ma revanche sur ces Français Martiniquais !  A défaut de vélo, tentons à ski!

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Il n’était que 10H quand nous avons finalement passé le col, après 8 km d’ascension.  Nous sommes même revenus un peu sur nos pas, pur reprendre l’amorce de notre descente,  avec l’idée d’en filmer une partie, tant la route et ses virages étaient spectaculaires et amusants.  Comme nous sommes à la mi-septembre, l’affluence touristique est bien plus réduite qu’en août.  D’autre part, l’industrie du bois est presque moribonde ici aussi, et nous croiserons seulement 3 gros camions de billots en 4 heures de vélo sur cette route autrefois très forestière.

 

Bien plus loin, nous retrouvons la côte, et avec surprise le temps plus froid et la brume.  Notre après-midi sera ainsi compliqué par cette froidure difficile à gérer.  Nous avons un autre col à monter, moins long mais bien plus abrupt, qu’il nous faut traverser pour reprendre pour de bon le bord de l’océan,et  qui nous laissera tout en sueur tous les deux.  Puis les descentes qui suivront nous donneront l’impression de rouler à vélo à l’intérieur d’un réfrigérateur!  Nous imaginions que rouler à vélo en Californie était gage de chaleur et de soleil … Il semblerait que la Californie sous le soleil commence … au sud de San Francisco!

 

N’ayant traversé qu’un seul village sur tout notre trajet,  nous avons ainsi évité les longues pauses cafés-thés-collations-wifi-plages et tutti quanti, qui parfois nous font arriver au camping à la brunante.  Malgré cette journée autrement fort efficace et un  départ particulièrement matinal,  nous entrons au camping de Fort Bragg passé 17H, épuisés par les kilomètres (70!) mais surtout par les longues ascensions; 1,069 mètres est notre plus grosse journée de grimpe avec tous les bagages depuis le début;  Notre record est 1,665 mètres la journée où nous avions monté Hurricane Ridge dans Olympic National Park, mais nous l’avions fait allèges, presque sans aucune charge.

 

Malgré la fatigue, notre soirée sera sociale; Nous partageons la même table que nos voisins les Allemands, avec qui nous faisons enfin connaissance après plusieurs tentatives peu concluantes.  Ils sont de Munster près de Cologne, sont « freelance » spécialisés en dessin assisté par  ordinateur (Richard: ne manque pas de voir leur porte-folio!), c’est leur première expérience en cyclotourisme de longue randonnée et surtout en montagne.  

 

La nuit sera agrémentée des ratons-laveurs qui rôdent autour de nos tentes; Nous n’en avons cure, car tout est à l’abri (le camping étant bien équipé), puis nous prévoyons 2 jours de pause et un lever plus tardif demain matin …

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